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Les États, la question monétaire et l'hydre bancaire

Rédigé par inconnu - 03 avril 2016 - Aucun commentaire

Par l'auteur de “L'hydre mondiale, l’oligopole bancaire”, éditions Lux, mai 2015

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Pour éviter le prochain cataclysme financier, il faut favoriser le retour à des souverainetés monétaires organisées dans un cadre international.

L'hydre bancaire mondiale

La création et la gestion de la monnaie sont uniquement le fait de banques privées, d’une part, et de banques centrales indépendantes des États, d’autre part. Les États ont abandonné au cours de ces quarante dernières années toute souveraineté en matière monétaire. Par rapport à la période des Trente glorieuses où les États et leurs banques centrales fixaient les conditions monétaires de l’activité économique en gérant taux de change et taux d’intérêt, la période actuelle se caractérise, de fait, par un renversement complet : c’est un oligopole de banques privées et systémiques qui fixe les conditions monétaires de l’activité économique mondiale.

Depuis le milieu des années 1990, les crises systémiques se sont succédé ; leur cause – à chaque fois – est la spéculation à base de produits dérivés créés par les plus grandes banques systémiques : 14 d’entre elles fabriquent la quasi-totalité de ces produits. Il n’y a aucune raison de penser que cet enchaînement délétère puisse être contenu par la régulation actuelle.

“Par rapport à la période des Trente glorieuses où les États et leurs banques centrales fixaient les conditions monétaires de l’activité économique la période actuelle se caractérise, de fait, par un renversement complet : c’est un oligopole de banques privées et systémiques qui fixe les conditions monétaires de l’activité économique mondiale”

C’est la libéralisation de la sphère financière, durant les années 1970 et 1980, lorsque les taux de change et les taux d’intérêt sont devenus des prix de marché, qui a imposé la présence de ces produits financiers particuliers. Certes, les acteurs de l’économie réelle ont besoin de produits d’assurances (et donc de produits dérivés) pour couvrir les risques liés aux variations incessantes des produits sous-jacents : taux de change et taux d’intérêt, principalement. Mais si plus de 90 % des encours notionnels des produits dérivés gérés par les banques systémiques couvrent les risques liés à ces deux derniers taux, il s’agit très majoritairement d’échanges entre traders, et non avec l’économie réelle.

Le taux de change est le prix de la conversion d’une devise en une autre ; le taux d’intérêt est le prix à payer pour disposer d’une monnaie durant une certaine période. La détermination des prix fondamentaux de l’argent par la spéculation sur les dérivés montre que la question monétaire est centrale, non seulement pour trouver le chemin d’une sortie de crise, mais aussi pour retrouver une stabilité monétaire et financière internationale.

Comment prévenir la prochaine crise ?

Dans ces conditions, pour prévenir la prochaine crise financière, il faudrait, dans la mesure du possible, enrayer drastiquement l’expansion de ces produits dérivés, et par la suite les éliminer progressivement. Pour aller au fond des choses, il faut faire le choix suivant : qui défend le mieux l’intérêt général dans le monde globalisé qui est le nôtre : un petit nombre de banques privées, systémiques, regroupées dans un oligopole où les tentations d’entente sont permanentes et avérées ? Ou bien des États qui pourraient, en s’accordant entre eux, retrouver leur souveraineté monétaire, en souhaitant que des dérives de leur part, toujours possibles, soient contenues par des pouvoirs démocratiques qui auraient retrouvé leur force ?

Si l’on veut éviter le prochain cataclysme financier, il faut, à l’évidence, favoriser le retour à des souverainetés monétaires, mais organisées dans un cadre international. En reprenant sur le fond les idées de Keynes, il faut militer d’urgence pour un nouvel ordre monétaire mondial, par la mise en place d’une monnaie commune (et non unique), par rapport à laquelle toutes les autres monnaies pourraient se référer dans des rapports stables, mais aussi ajustables par concertation internationale. Les taux de change échapperaient ainsi au jeu du marché pour revenir à des décisions résultant d’accords de la communauté internationale.

Nous sommes dans un état d’urgence, mais pour le proclamer, encore faudrait-il que nos responsables politiques aient le courage de la lucidité et de la vérité.

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Banquet de roi, rémunération de nabab, « ça va finir par péter ! ...

Rédigé par webmaster - 03 avril 2016 - Aucun commentaire

Lu sur :

Boulevard Voltaire  - Christophe Servan le 27/03/15


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Les oligarques qui nous gouvernent et nous emploient n’ont absolument pas pris la mesure de la vague de colère qui monte inexorablement. Ils méprisent tellement le peuple qu’ils le croient incapable de se rebeller.

Le voyage à Paris du roi d’Espagne Philippe VI, écourté suite au crash du vol Barcelone-Düsseldorf, que fallait-il faire du banquet préparé en son honneur par la mairie de Paris et du dîner somptueux (foie gras, dos de bar) prévu à l’Élysée ? Si l’on en croit Le Parisien , tout ce qui pouvait être conservé l’a été, tout ce qui devait être consommé a été distribué sous forme de plateaux-repas aux plus démunis, les sans-dents comme, semble-t-il, François Hollande se plaît à les nommer. C’est fort bien, mais le symbole est atroce.
 
Pratiquement le même jour, nous apprenions que la rémunération globale de Carlos Ghosn, le PDG de Renault, au titre de l’année 2014, avait été évaluée à 7,2 millions d’euros, soit près de trois de plus que l’année précédente. Mieux, et ceci, la presse française n’en a dit mot, il ne s’agit là que de la rémunération versée par Renault. Nissan lui ayant versé à peu près la même somme, il serait plus correct de parler de 7,2 millions d’euros pour un job à mi-temps.
 
Ces deux événements, bien que de nature différente, relèvent du même esprit. Nos gouvernants ne se sentent pas concernés par l’effort d’austérité imposé aux citoyens (voir le vote récent du doublement de l’indemnité de départ des parlementaires non réélus) et nos chefs d’entreprise pensent qu’ils sont les seuls responsables de la réussite de leur entreprise. Dans les deux cas, une absence totale d’empathie comme s’il y avait d’un côté les maîtres qui ne paient jamais quand ça va mal et raflent toute la mise quand ça va bien, et de l’autre les sans voix.
 
Sans doute François Hollande pense-t-il qu’il en a va de l’honneur de la France de recevoir le roi d’Espagne avec faste, sans doute Carlos Ghosn pense-t-il qu’il a mérité sa rémunération, et comme il en a toujours été ainsi sans doute pour beaucoup d’entre nous, cela est parfaitement normal. Mais beaucoup de choses paraissent normales du seul fait qu’elles ont toujours été sans la moindre justification morale ou scientifique ; le droit de vote réservé aux hommes jusqu’en 1946 en est une parfaite illustration.
 
En l’occurrence, il eût été parfaitement normal que la visite du roi d’Espagne fût placée sous le signe de l’austérité, une douzaine de convives au lieu de plus de deux cents, par exemple. Je doute fort que le jeune roi, soucieux de faire oublier les incartades de son père et, qui plus est, époux d’une roturière, en eût été offensé, bien au contraire. En l’occurrence, il eût été parfaitement normal que Carlos Ghosn, qui a imposé le gel des salaires dans son entreprise, acceptât de plafonner sa rémunération au niveau de l’année précédente. C’eût été moral, mais c’eût été de bonne politique et de saine gestion aussi.
 
En somme, les oligarques qui nous gouvernent et nous emploient n’ont absolument pas pris la mesure de la vague de colère qui monte inexorablement. Ils méprisent tellement le peuple qu’ils le croient incapable de se rebeller. Ce n’est pas nouveau, c’était la même chose en 1789 et en 1917. Hier, dans les campagnes de France, un peu plus d’un siècle plus tard dans les faubourgs populaires de Saint-Pétersbourg, aujourd’hui aux comptoirs des cafés, tendez l’oreille, vous entendrez ces cinq mots, qui ne font rire que les niais : Ça va finir par péter !

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